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Ambroisie : quand une plante devient un enjeu de santé environnementale

Photo d'un plan d'ambroisie avec ses caractéristiques (hauteur d'au moins 1,20m, feuiles découpées et vertes de chaque côté, fleurs jaune ou vert pâle en août, tige rouge velue), accompagnée du conseil "je remarque un pied d'ambroisie: je le signale au maire et/ou au référent ambroisie de ma commune".

Publié le : 9 juillet 2026

Chaque été, une plante discrète refait parler d'elle : l'ambroisie. Si elle passe souvent inaperçue avant sa floraison, son pollen figure parmi les plus allergisants en Europe. Mais ses impacts vont bien au-delà des allergies. Agriculture, économie, qualité de vie, biodiversité… l'ambroisie est aujourd'hui un véritable enjeu de santé environnementale.

À l'occasion du lancement de la campagne de surveillance 2026, menée par Atmo Bourgogne-Franche-Comté en partenariat avec l'ARS Bourgogne-Franche-Comté, la FREDON Bourgogne-Franche-Comté, les allergologues de la région ainsi que les collectivités qui accueillent les capteurs, faisons le point sur cette plante invasive et sur les moyens d'agir pour limiter sa progression.

Une plante invasive qui poursuit sa progression

Originaire d'Amérique du Nord, l'ambroisie à feuilles d'armoise (Ambrosia artemisiifolia) appartient à la famille des Astéracées, comme le tournesol, la pâquerette, la camomille ou encore le pissenlit.

Introduite accidentellement en France au XIXᵉ siècle, notamment par le transport de semences et de fourrages, elle n'a cessé depuis de coloniser de nouveaux territoires.

Son développement est étroitement lié aux activités humaines. Les déplacements de terres, les travaux, les engins agricoles ou encore le transport de matériaux favorisent la dispersion de ses graines. Très opportuniste, elle s'installe facilement sur les terrains nus ou récemment remaniés : parcelles agricoles, bords de routes, chantiers, carrières, friches, berges ou jardins privés.

La région Auvergne-Rhône-Alpes demeure aujourd'hui le principal foyer français, notamment dans la vallée du Rhône. Mais l'ambroisie poursuit progressivement son expansion vers d'autres territoires. En Bourgogne-Franche-Comté, les départements de Saône-et-Loire, de la Nièvre et du Jura sont aujourd'hui les plus concernés, même si la plante peut désormais être observée ailleurs dans la région.

Un cas particulier mérite d'être signalé : certaines graines destinées à nourrir les oiseaux peuvent contenir accidentellement des graines d'ambroisie. Il n'est donc pas rare de voir la plante apparaître sous les mangeoires installées dans les jardins.

Comment reconnaître l'ambroisie ?

Repérer l'ambroisie avant sa floraison permet d'éviter qu'elle ne libère son pollen et ne produise de nouvelles graines.

Quelques caractéristiques permettent de l'identifier :

  • des feuilles fines, très découpées, vertes sur leurs deux faces ;
  • aucune odeur lorsque les feuilles sont froissées ;
  • une tige velue, très ramifiée, qui devient rougeâtre à la floraison ;
  • des fleurs vert pâle à jaunâtres regroupées en épis dressés, en forme de chandelles ;
  • une hauteur comprise entre 20 centimètres et 2 mètres.

Un pollen redouté des personnes allergiques

L'ambroisie fleurit généralement entre la fin juillet et le début du mois d'octobre. Durant cette période, elle libère un pollen extrêmement allergisant.

Quelques grains de pollen par mètre cube d'air suffisent à provoquer des symptômes chez les personnes sensibles : rhinite allergique, éternuements, nez qui coule ou bouché, conjonctivite, irritation de la gorge, toux, urticaire ou encore crises d'asthme.

Plus l'exposition est importante, plus le risque de développer une allergie augmente. C'est pourquoi les régions les plus colonisées sont aussi celles où la proportion de personnes allergiques est la plus élevée. En Auvergne-Rhône-Alpes, on estime aujourd'hui que 13 à 21% de la population est allergique au pollen d'ambroisie.

Le pollen peut également provoquer des allergies croisées avec d'autres pollens (armoise, graminées, bouleau, cyprès…), certains aliments (céleri, carotte, fenouil, ail, melon, pastèque, banane…) ou encore le latex.

Le saviez-vous ?

Une seule plante d'ambroisie peut produire plusieurs millions de grains de pollen au cours de sa floraison et plusieurs milliers de graines. Ces dernières peuvent rester viables dans le sol pendant plus de dix ans.

C'est pourquoi intervenir avant la floraison est le moyen le plus efficace de limiter durablement sa propagation.

Le changement climatique : un facteur qui peut favoriser son développement

L'expansion de l'ambroisie est avant tout liée aux activités humaines, qui assurent la dispersion de ses graines. En revanche, le changement climatique est susceptible de favoriser son installation et son développement dans certaines régions.

Des températures plus élevées, des saisons de croissance plus longues et des conditions favorables à la germination peuvent permettre à la plante de coloniser de nouveaux territoires. Dans certaines situations, la période de pollinisation peut également s'allonger, prolongeant ainsi l'exposition des personnes allergiques.

Ces évolutions rappellent que les enjeux liés à l'ambroisie se situent à la croisée de plusieurs thématiques : qualité de l'air, climat, agriculture, biodiversité et santé.

Une plante qui coûte cher à la société

Les impacts de l'ambroisie ne se limitent pas aux allergies.

Dans les parcelles agricoles, elle entre directement en concurrence avec les cultures pour l'eau, la lumière et les nutriments. Sa présence peut entraîner des pertes importantes de rendement, notamment dans les cultures de tournesol, de soja, de maïs… Elle oblige également les agriculteurs à renforcer les opérations de désherbage et à adapter leurs pratiques culturales, ce qui augmente les coûts de production.

Les collectivités sont elles aussi concernées. L'entretien des bords de routes, des espaces publics ou des terrains en friche nécessite des interventions régulières afin d'éviter la dissémination de la plante.

À ces coûts s'ajoutent ceux liés aux allergies : consultations médicales, traitements, absentéisme scolaire ou professionnel, baisse de productivité… Autant de conséquences qui font de l'ambroisie un véritable enjeu de santé publique et d'économie.

Tous concernés : comment limiter sa propagation ?

La lutte contre l'ambroisie repose avant tout sur une détection précoce.

Chez les particuliers, il est recommandé d'arracher les plants avant leur floraison, en portant des gants pour éviter les irritations. Les personnes allergiques éviteront en revanche de manipuler la plante lorsqu'elle est en fleurs.

Dans les espaces publics, les parcelles agricoles ou les grands foyers d'infestation, des méthodes de gestion adaptées sont mises en œuvre afin d'empêcher la production de pollen et de graines.

Chaque signalement contribue également à améliorer la connaissance de la répartition de l'ambroisie et à organiser les actions de lutte.

La surveillance en Bourgogne-Franche-Comté : un enjeu collectif

Afin de mieux connaître la présence du pollen d'ambroisie et d'informer les personnes allergiques, Atmo Bourgogne-Franche-Comté coordonne chaque année une campagne de surveillance régionale en partenariat avec l'ARS Bourgogne-Franche-Comté, FREDON Bourgogne-Franche-Comté, les allergologues de la région ainsi que les collectivités de Besançon, Chalon-sur-Saône, Dole et de Nevers, qui accueillent les capteurs.

L'édition 2026 se déroulera du 30 juillet au 2 octobre. Quatre capteurs de pollens seront déployés à Besançon, Chalon-sur-Saône, Dole et Nevers. Les collectivités de Dole et de Nevers participent activement au dispositif en assurant notamment la mise en place et la récupération des systèmes de prélèvement installés dans les capteurs.

Au-delà de ces quatre sites de mesure, l'ensemble de la Bourgogne-Franche-Comté sera suivi grâce à la modélisation des pollens, qui complète les observations réalisées sur le terrain. Cette approche permet d'estimer le risque allergique sur tout le territoire régional.

Tout au long de la campagne, les informations seront diffusées quotidiennement dans le Bulletin de l'air d'Atmo Bourgogne-Franche-Comté et accessibles sur la carte des indices pollens, disponible dès la page d'accueil du site internet de l'association. Un bilan complet de la saison pollinique sera publié avant la fin de l'année.

Grâce à cette surveillance, les personnes allergiques peuvent mieux anticiper les périodes à risque, les professionnels de santé disposent d'informations utiles pour accompagner leurs patients et les acteurs du territoire peuvent adapter leurs actions de lutte.

Prévenir, surveiller et agir collectivement sont autant de leviers indispensables pour limiter la progression de l'ambroisie et préserver durablement la santé des habitants de Bourgogne-Franche-Comté.

Les bons gestes

Je participe à la lutte contre l’ambroisie

Pour éviter l’apparition de pieds d’ambroisie sur mon terrain :

  • Lors des plantations et aménagements de jardin, je paille sans attendre

  • J’évite au maximum de retourner la terre (les semences d’ambroisie ont une survie supérieure à 10 ans)

  • Mon jardin est grand : je sème du trèfle pour éviter d’avoir le sol à nu

  • Mon jardin est petit : je pourrai arracher les pieds d’ambroisie (avec des gants)

  • Je préfère le désherbeur thermique (les pesticides sont toxiques et favorisent l'érosion du sol, donc les envols de graines. De plus, les espèces pionnières invasives ne trouvent plus de concurrence et risquent de développer en quelques années ou décennies une résistance aux pesticides désherbants)

Si des pieds d’ambroisie se trouvent actuellement sur mon terrain :

  • Je m’assure qu’il s’agit bien d’ambroisie (en cas de doute, je m’adresse au référent ambroisie de ma commune ou à l’Observatoire des ambroisies)
  • Je les signale :
  • Je les fauche ou les arrache avant leur floraison, c’est-à-dire avant début août (avec des gants)
  • Si je suis allergique ou que je ne peux pas agir moi-même, je peux contacter une entreprise d’entretien d’espaces verts ou le pilote ambroisie de mon département.

Si des pieds d’ambroisie se trouvent sur un terrain qui ne m’appartient pas :

  • Je m’assure qu’il s’agit bien d’ambroisie
  • Je les signale sur la plateforme de signalement ambroisie (coordonnées ci-dessus)
  • Je connais le propriétaire, l’exploitant, l’occupant ou le locataire : je l’informe sur ses responsabilités
  • Dans tous les cas, j’informe le maire ou le référent « ambroisie » territorial de ma commune (information disponible auprès de la mairie)

Idéalement, il faut arracher ou faucher l’ambroisie avant qu’elle monte en fleurs, c’est-à-dire avant qu’elle produise du pollen, pour éviter l’impact sur les populations.

Si la plante est en fleurs, enfiler gants, masque et lunettes, et la placer dans un sac poubelle bien fermé destiné à l’incinération, mais surtout ne pas la mettre avec les déchets de jardin.

Si la plante est déjà en graines, la recouvrir d’abord d’un sac plastique bien serré au bas de la tige avant de l’arracher, pour éviter de disséminer les graines et constituer un stock dans les sols.

Allergique, je me protège contre les effets du pollen d’ambroisie

En anticipation d’un pic pollinique, la prise d’un traitement prescrit par un médecin ou un allergologue peut limiter les symptômes des personnes allergiques.

Lorsque le pic survient, de nombreuses mesures d’éviction peuvent être prises au quotidien pour limiter les effets de l’allergie aux pollens :

  • J’aère mon logement tôt le matin ou en soirée, je ferme les fenêtres le reste de la journée ;
  • J’évite les promenades champêtres par temps sec et ensoleillé, surtout en milieu ou fin de journée ;
  • Je porte des lunettes de soleil afin de protéger mes yeux du contact des pollens ;
  • Je privilégie les mouchoirs à usage unique ;
  • En voiture, je roule vitres fermées, notamment en campagne ;
  • Je change de vêtements en rentrant chez moi ;
  • J’évite de mettre à sécher le linge dehors ;
  • Je rince mes cheveux avant de me coucher afin d’éviter le transfert des pollens accumulés en journée sur l’oreiller ;
  • Je lave mon nez matin et soir avec un sérum physiologique ou un spray d’eau de mer pour éliminer au fur et à mesure les pollens qui s'accumulent dans les muqueuses nasales.

En cas de symptômes allergiques, il convient de consulter un médecin ou un allergologue.

La réglementation relative à l’ambroisie

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