L’ambroisie à feuilles d’armoise (Ambrosia artemisiifolia) est aujourd’hui bien implantée dans plusieurs régions françaises. Cette plante exotique envahissante pose un problème à la fois environnemental, agricole et sanitaire : son pollen est fortement allergisant et peut provoquer rhinites, conjonctivites, crises d’asthme ou encore dermatites chez les personnes sensibles. Face à sa progression, les moyens de lutte sont multiples : arrachage, fauche, désherbage, gestion des sols ou encore couverture végétale. Depuis quelques années, une autre piste attire l’attention des chercheurs : un petit coléoptère qui se nourrit principalement d’ambroisie, Ophraella communa.
Qui est Ophraella communa ?
Ophraella communa est un petit coléoptère de la famille des Chrysomelidés. Il est originaire d’Amérique du Nord, tout comme sa plante hôte privilégiée, l’ambroisie à feuilles d’armoise. Cet insecte est de petite taille : l’adulte mesure généralement quelques millimètres et présente une coloration jaunâtre à brunâtre. Son cycle de vie comprend plusieurs étapes : œuf, larves, nymphe puis adulte. Les larves comme les adultes se nourrissent des parties aériennes de l’ambroisie. Son régime alimentaire est toutefois plus précis que ne le laisse entendre l'expression « prédateur de l’ambroisie ». En effet, Ophraella communa est une espèce dite « oligophage » : elle se nourrit d’un nombre limité de plantes, avec une très forte préférence pour les espèces du genre Ambrosia, et notamment Ambrosia artemisiifolia. Elle peut néanmoins consommer ponctuellement certaines plantes proches, notamment des Astéracées. Cette préférence pour l’ambroisie est particulièrement intéressante dans le cadre de la lutte biologique.
Comment reconnaître son passage ?
Les dégâts provoqués par les larves sont assez caractéristiques. Elles consomment principalement les tissus tendres des feuilles et laissent les nervures intactes. Lorsque l’attaque est importante, les feuilles prennent alors un aspect « squelettique » : il ne reste pratiquement plus que les nervures. Cette défoliation peut devenir très importante en fin de saison. À forte densité d’insectes, elle peut également toucher les parties florales de l’ambroisie.
Comment un si petit insecte peut-il agir contre l’ambroisie ?
Le principe est assez simple : moins de feuilles signifie moins de ressources pour la plante. En consommant les feuilles et parfois les parties florales, Ophraella communa réduit la capacité de l’ambroisie à se développer et à produire des fleurs. Lorsque les attaques sont importantes, les plantes peuvent ainsi produire moins de pollen et de graines.
C’est précisément ce qui a été observé dans le nord de l’Italie, où Ophraella communa est présente depuis 2013. Dans certaines zones étudiées, 90 à 100% des plants d’ambroisie étaient attaqués et les défoliations pouvaient être très importantes. Des expériences menées sur le terrain ont montré une réduction moyenne de 82% de la production de pollen des plants soumis à la présence de l’insecte. Cette valeur correspond également à la forte diminution des concentrations de pollen d’ambroisie observée dans la région de Milan après l’installation du coléoptère.
Un complément, pas un remplacement
Même lorsqu’elle est fortement attaquée par Ophraella communa, l’ambroisie peut persister. La lutte mécanique, la gestion des parcelles et des espaces publics et la prévention de la montée en graines restent nécessaires.
De l’Amérique du Nord à la France
L’histoire d’Ophraella communa ne commence pas en France.
Originaire d’Amérique du Nord, l’espèce a été introduite accidentellement dans plusieurs régions du monde. Elle s’est notamment établie en Asie à partir des années 1990, où elle est aujourd’hui utilisée comme agent de lutte biologique contre l’ambroisie dans certaines régions de Chine.
En Europe, elle a été détectée pour la première fois en 2013 dans le nord de l’Italie et dans le sud de la Suisse. Elle s’est ensuite progressivement étendue vers plusieurs pays d’Europe centrale et du Sud-Est, notamment la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, la Serbie, la Hongrie et la Roumanie.
Dès 2015, l’Anses estimait que l’introduction d’Ophraella communa en France était très probable. Huit ans plus tard, à la fin de l’été 2023, plusieurs signalements effectués par des citoyens autour de Lyon ont permis de confirmer sa présence. Le 2 octobre 2023, l’Observatoire des ambroisies a prospecté plusieurs sites lyonnais et retrouvé des individus à différents stades de développement : œufs, larves et adultes. Il ne s’agissait donc pas simplement d’un individu isolé, mais bien de populations installées. En 2024, Ophraella communa avait été retrouvée dans sept départements : Rhône, Isère, Ain, Drôme, Ardèche, Vaucluse et Gard. Les observations se concentraient alors principalement dans la vallée du Rhône et ses environs. Depuis, l’insecte continue de faire l’objet d’un suivi dans les secteurs où il est présent, tandis que des expérimentations sont conduites dans d’autres territoires.
Une arrivée suivie de près par les scientifiques
L’arrivée de l’insecte en France constitue une occasion unique d’étudier son comportement dans nos conditions climatiques. Depuis sa découverte, l’INRAE et ses partenaires suivent notamment :
- sa capacité à passer l’hiver
- son rythme de développement et le nombre de générations produites
- sa vitesse de dispersion
- la densité des populations
- l’importance des dégâts causés aux ambroisies
- son influence sur la floraison et la production de graines
- les éventuels effets sur d’autres plantes
Les premières observations françaises présentent certaines différences avec les données italiennes. Par exemple, les pics de présence en Italie surviennent courant août tandis qu’en France ils semblent intervenir plus tard dans la saison, autour de septembre. Le climat et le fait que les populations françaises soient encore en phase de colonisation pourraient contribuer à expliquer cette différence.
Après plusieurs années d’observation des populations spontanées, l’INRAE a obtenu l’autorisation de réaliser des lâchers expérimentaux dans des territoires où l’insecte n’était pas encore présent. En 2025, des lâchers ont notamment été réalisés en Occitanie et dans l’Allier. Les premiers résultats sont encourageants : en Occitanie, Ophraella communa a été retrouvée sous forme d’œufs, de larves ou d’adultes sur 75% des 16 sites suivis après les lâchers. Ces observations montrent que l’insecte peut se reproduire dans les conditions françaises, mais elles ne suffisent pas encore à démontrer une installation durable ou une efficacité généralisée.
Les recherches se sont poursuivies en 2026, avec de nouveaux lâchers et des suivis destinés notamment à mesurer la capacité de l’insecte à s’établir dans des zones plus septentrionales ou situées à des altitudes différentes.
En Bourgogne-Franche-Comté : les premières expérimentations
La Bourgogne-Franche-Comté est particulièrement concernée par la problématique de l’ambroisie, notamment dans la Nièvre et la Saône-et-Loire.
En 2026, des lâchers expérimentaux d’Ophraella communa ont été organisés dans quelques parcelles agricoles de ces deux départements. L’objectif est d’étudier la capacité de l’insecte à s’implanter dans un contexte climatique différent de celui de la vallée du Rhône et des régions méditerranéennes, et d’évaluer sa dispersion au fil du temps.
Ces expérimentations s’inscrivent dans un programme plus large piloté par l’INRAE, auquel participent les réseaux FREDON et différents acteurs locaux.
L’enjeu est important : si l’insecte parvient à passer l’hiver, à se reproduire et à se disperser naturellement, il pourrait constituer à terme un auxiliaire supplémentaire dans les territoires fortement touchés par l’ambroisie. Mais il faudra plusieurs années de suivi pour le savoir.
Les bons gestes
Aidez l’INRAE à trouver Ophraella communa ! Si vous en observez près de chez vous ou lors d'une balade, sur n'importe quel site où l'ambroisie est présente, signalez sa présence. Rendez-vous sur la Plateforme de signalement ambroisie, cochez la case « ambroisie grignotée » en joignant une photo et en précisant votre observation dans les commentaires.
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Sources